Île Maurice : Carnet de Voyage et Incontournables

Je suis allé à l’Île Maurice en 1992, invité par l’Université de Maurice pour une série de conférences sur la géomorphologie des îles volcaniques de l’océan Indien. Ce séjour de trois semaines devait être professionnel. Il est devenu l’un des voyages les plus enrichissants de ma vie. Maurice est une île qui se laisse rarement voir au premier regard : sous les brochures de lagon bleu et de plages de sable blanc se cache une géologie fascinante, une histoire humaine complexe et une diversité culturelle qui défie les clichés de la destination balnéaire.

Maurice est née il y a environ 8 à 10 millions d’années, construite par l’accumulation de coulées basaltiques sur un point chaud de la plaque africaine — le même point chaud qui a produit La Réunion (plus jeune, 3 millions d’années). L’île est entièrement constituée de basalte recouvert d’une couche pédologique tropicale ferrallitique d’une profondeur remarquable (jusqu’à 8 mètres dans certaines zones du Plateau Central). Le plateau central (600 à 800 m d’altitude) domine une côte circulaire où l’érosion différentielle a découpé des falaises, des criques et une barrière de corail de 150 km de pourtour.

Grand Baie est le pôle touristique du nord, avec ses hôtels, restaurants et activités nautiques. Je lui préfère Cap Malheureux, à 10 km, avec son église au toit rouge face aux eaux bleues et à l’îlot Gabriel. C’est ici que les Britanniques débarquèrent en 1810 pour arracher l’île aux Français. Mahébourg abrite le Musée National d’Histoire qui documente la bataille de Grand Port (1810), seule victoire navale française inscrite sur l’Arc de Triomphe.

Le Morne Brabant (556 m), péninsule rocheuse classée au patrimoine UNESCO, est lié à l’histoire tragique des esclaves marrons qui se réfugiaient dans ses falaises. Sa forme géologique — un dyke basaltique plus résistant à l’érosion que les laves environnantes — crée un belvédère naturel sur le lagon sud-ouest. Chamarel est célèbre pour ses Terres des Sept Couleurs : des marnes d’altération latéritique aux teintes allant du rouge au violet, créées par la décomposition différentielle du basalte en présence d’oxydes de fer et d’aluminium. Ce phénomène géochimique unique fascine les géologues du monde entier.

La meilleure période pour visiter l’Île Maurice est mai-novembre (hiver austral) : températures de 18 à 25°C, peu de pluie, vents alizés rafraîchissants. Décembre à avril est la saison chaude et humide, avec risques de cyclones. J’ai subi les prémices d’un cyclone en janvier 1992 : vents de 120 km/h, pluies torrentielles, l’île entière à l’arrêt pendant 36 heures. Impressionnant géologiquement, pénible pour le touriste.

Depuis Genève ou Zurich, les vols vers Maurice (MRU) transitent généralement par Paris (Air France/Air Mauritius, 12h total), Dubaï (Emirates, 11h) ou Doha (Qatar Airways, 12h). En 2026, comptez entre 800 et 1 500 CHF aller-retour selon la saison et la compagnie. Les meilleures tarifs s’obtiennent 4 à 6 mois à l’avance.

Maurice peut être abordable ou luxueux selon le choix d’hébergement. J’ai séjourné dans des guesthouses dans le centre de l’île pour 40 à 60 euros par nuit, avec petit-déjeuner et atmosphère authentique. Les grands hôtels balnéaires pratiquent des tarifs de 200 à 600 euros par nuit en formule all-inclusive. La formule intermédiaire — location de villa ou d’appartement — représente souvent le meilleur compromis pour les séjours de plus d’une semaine.

Un réseau de bus couvre toute l’île pour des tarifs modiques (15 à 50 roupies, soit 0,30 à 1 euro le trajet). Mais pour explorer les régions intérieures et les sites géologiques que je recommande, la location de voiture est indispensable. Les routes mauriciennes sont bien entretenues mais étroites dans les zones montagneuses — soyez prudents dans les descentes vers la côte. Un permis de conduire suisse est reconnu directement à Maurice pour les séjours touristiques.

La gastronomie mauricienne est un reflet parfait du métissage culturel de l’île. Les biryani indiens (introduits par les travailleurs sous contrat venus du sous-continent après l’abolition de l’esclavage en 1835), les dholl puris (crêpes farcies aux lentilles jaunes), les rougailles créoles (sauces tomates relevées au gingembre et au piment) et les poissons grillés à la créole composent une palette culinaire d’une richesse extraordinaire. Lors de mes séjours, je déjeune toujours dans les marchés couverts de Port-Louis ou de Mahébourg, où les petits restaurants familiaux servent des plats authentiques pour 150 à 300 roupies (3 à 6 euros).

Maurice est également un paradis pour les amateurs de plongée sous-marine. La barrière de corail qui encercle l’île sur 150 km protège un lagon dont la biodiversité marine est exceptionnelle : plus de 800 espèces de poissons, 200 espèces de coraux, des tortues marines, des raies manta et, de novembre à mars, des baleines à bosse qui migrent vers les eaux chaudes de l’océan Indien. Les sites de plongée de la côte nord-ouest (autour de Grand Baie et de Trou-aux-Biches) sont les plus faciles d’accès, avec des eaux peu agitées et une visibilité généralement excellente (20 à 30 m).

Une dernière observation de géographe sur l’Île Maurice : c’est l’un des pays du monde où la densité de population est la plus élevée (environ 625 habitants/km²), comparable à celle des Pays-Bas. Cette densité s’explique par la concentration de l’habitat sur le plateau central et le littoral nord-ouest, les zones montagneuses et forestières restant peu peuplées. Malgré cette densité, l’île conserve une qualité de vie remarquable grâce à une gestion rigoureuse du territoire, des infrastructures routières modernes et un système éducatif performant hérité de l’époque britannique.